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New World - Film (2013)

Film de Park Hoon-jung Gangster, policier et thriller 2 h 14 min 21 février 2013

Un flic infiltré dans une mafia devient l'ami du sous-boss. Dans un dilemme moral, il se trouve coincé entre son devoir de policier et ses sentiments.

New World - Film (2013)
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Critique contenant des spoils

Le film commence par une image percutante. Un homme se fait torturer au marteau (instrument décidément très utilisé dans le cinéma coréen). La séance est dirigée par un certain Ja-Sung. Une fois l'homme et le générique achevés, on apprend que Seok, le PDG d'une grande entreprise, est blanchi d'une accusation de fraude fiscale. Mais à peine libéré, il est tué dans un "accident" de voiture. Et les trois successeurs potentiels entrent dans l'arène : il y a Jang, le vice-président, auquel il manque une personnalité et des appuis solides. Lee Joong-gu, le chien fou, brutal, violent, imprévisible, au sourire carnassier. Et Jung Chung l'excentrique, qui débarque de Shanghaï. Simple petite affaire interne à une entreprise ? Non. Car la firme Goldmoon regroupe les activités de trois grands clans mafieux, et la police regarde tout cela d'un œil alléché. Le capitaine Kang espère pouvoir manipuler tout ce beau monde pour placer à la tête de la firme le poulain qu'il a désigné et ainsi mettre fin aux activités criminelles de l'entreprise. Pour ce faire, il a introduit dans Goldmoon un flic infiltré, Lee Ja-sung.

Thriller financier dans le monde des grandes entreprises ? Non, mais un véritable polar, noir, tendu, violent parfois, avec des manipulations, des renversements de situations, des personnages dangereux, des bourreaux et des victimes, etc. Un véritable jeu de go où le but est de placer judicieusement ses personnages. La manipulation est le maître-mot, mais le tout est de savoir qui est le manipulateur le plus fin, le plus rusé, le plus sournois. La réalisation est souvent sobre, mais les jeux de caméra, de lumières, de cadrage, ainsi que le montage parviennent à accrocher constamment le spectateur, qui ne peut plus sortir de ce panier de crabes où tout le monde est un adversaire redoutable. Car il n'y en a pas un qui puisse rattraper les autres. Si Joong-gu a l'air, pendant un moment, d'être le grand méchant, on devine vite le danger caché derrière l'attitude un peu puérile de Jung. Et le face à face permet au film de monter progressivement en tension. Bien entendu, croire que le policier est plus rassurant serait une erreur : ses intentions sont les mêmes, et les moyens qu'il emploie ne valent pas mieux que ceux des criminels. Les moyens, justement, parlons-en. Ils sont tous bons pour se débarrasser des adversaires. Le chantage, les vieux dossiers, la corruption. La voiture, les couteaux, les battes de base-ball, le béton, voire même, éventuellement, les armes à feu. Ce qui permet de nous donner quelques scènes où la couleur rouge est vraiment dominante.

Au milieu de toute cette usine à gaz qui ne demande qu'à exploser, il y a donc Lee Jang-su. Policier infiltré depuis plus de dix ans, dont la femme est enceinte, il n'a qu'une envie : tout balancer et redevenir un simple petit flic peinard. Mais il est pris entre le chantage du capitaine, qui lui promet depuis si longtemps que tout sera bientôt fini, et une certaine fidélité envers Jung, qui a fait de lui son protégé et lui a permis de gravir les échelons dans Goldmoon (et dans la mafia). A l'inverse des multiples trahisons de Joong-gu et Kang, Ja-sung est pris dans un problème de loyauté. A qui doit-il être fidèle ? Pris au sien d'une situation intenable, il est véritablement au centre du film, et le suspense augmente proportionnellement au danger de sa position. Le rythme va s'accélérant. Les scènes d'action sont rares mais terriblement efficaces et la réalisation leur donne une sorte de lyrisme noir qui ne dissimule absolument rien de leur violence. Voir, par exemple, une impressionnante scène dans un ascenseur... Polar violent, certes, mais teinté de mélancolie. La grisaille, la pluie, les rendez-vous dans les immeubles en construction, les décors en béton, la solitude et un monde presque exclusivement masculin (les femmes sont très rares, n'apparaissent que peu et toujours en victimes). Un monde déprimant, triste, qui s'ajoute encore au caractère sombre de l'histoire. Le pire, c'est qu'au milieu de toute cette violence et cette grisaille, il y a quand même des notes d'humour. Un humour noir, tout aussi sombre que le reste, en la personne d'un improbable quatuor de tueurs à gages pequenots/bouseux. Un film simple, mais vraiment maîtrisé, un polar dense et tendu d'un bout à l'autre. Une véritable surprise, pas vraiment originale mais vraiment réussie.

Note : 8,5/10

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