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Godzilla - Film (2014)

Film de Gareth Edwards Action, aventure et science-fiction 2 h 03 min 14 mai 2014

L'officier Ford Brody tente de rejoindre ses proches alors que d'énormes monstres marins menacent la sécurité du Japon et des États-Unis.

Godzilla - Film (2014)
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Le nom de Godzilla a depuis bien longtemps dépassé sa simple origine. Il est entré par les déflagrations de vigueur dans la culture populaire et s'est imposé en symbole de destruction apocalyptique, gravé dans l'inconscient collectif des foules comme deux champignons mortellement veloutés sur l'Histoire enténébrée.

Godzilla est devenu un mythe, une légende bien supérieure à sa naissance sur pellicule. C'est un nom qui raconte à lui seul bien plus que n'importe quelle image. Et on ne peut pas "montrer" une telle puissance de dévastation personnifiée. C'est futile et vain. Ce film prouve depuis ses premiers spots tv que Gareth Edwards l'a parfaitement compris.

En ça, le tout premier teaser, ruines, poussière, silhouette démesurée et discours mythifié allait presque au delà du film lui même dans sa perspicacité de conception. Une minute de conte, d'histoire du soir, de murmure sismique. Il fallait qu'Edwards reste sur cette position, celle qu'il avait déjà campé lors de son premier film, Monsters, et qu'il confirme que ce talent de suggestion n'était pas uniquement régi par un manque de moyens. Il ne fallait pas trop en montrer, surtout pas. La crête dorsale du géant nucléaire fendant les nappes de débris, l'épiderme d'écorce du titan d'écaille entraperçue à la lumière de fusées éclairantes, la queue gigantesque fuyant entre deux éclairs, le gosier gargantuesque ouvert au son du tonnerre, un cri dans la nuit, une plaque tectonique prenant vie... le tout sur deux heures de ruines à perte de vue. Inutile d'en ajouter, le Roi des Monstres était là.

Et Edwards l'a presque fait. Il a presque façonné le gros film de monstre ultime du 21ème siècle avec son talent certain pour l'évocation homérique et ses inspirations puisant dans le meilleur des racines du genre. Le réalisateur qui a déclaré que Jaws est l'exemple à suivre pour filmer une attaque de monstre démontre qu'il peut tirer un peu de l'essentiel de ses pairs. Sa mise en scène, semblant pourtant aussi friable que solide, ne manque pas de perspicacité, et ces incarnations d'une Nature déchaînée sont amené avec le brio d'un type qui a compris qu'une ombre évanescente parle beaucoup plus qu'une image aux contours définis.

Seulement l’œuf qui couvait une certaine perfection dans le genre actuel s'est avéré couvert de failles morcelées, se laissant grassement infecter par les besoins de producteurs avides et par la propre démesure d'un géniteur gorgé de cet amour pour ses aînés et perdu dans cette piscine d'argent.

Edwards semble perdre pied à plusieurs reprises, refaçonne l'Histoire de l'animal légendaire par quelques circonvolutions superflues, dénaturant la Légende qu'il affectionne tant et, dans le doute de sa première fois, accumule références sur références à outrance (Jurassic Park (dès l'ouverture), Predator (quasiment le plan de clôture), Jaws (famille Brody), Rencontres du Troisième Type (masques à gaz arrachés), Independence Day (le chien poursuivi par une vague destructrice)...) jusqu'à aller reprendre l'un des plans les plus affreux de Godzilla 98 : le héros face au monstre dans une sorte de dialogue télépathique du genre "ok t'es un bon toi, je veille sur toi". Hideux. Et il perd son propre sujet en s'embourbant dans ses personnages humains qui semblaient pourtant parfaitement partis pour eux aussi rester des ombres désincarnées, chair à piétinements et symphonie de hurlements, tristes erres esseulés attendant dans la peur que les Dieux retrouvent leur calme.

Mais Edwards reste un peintre, un faiseur d'images, un compositeur de toile. Son univers pictural relève du poignant, du majestueux et aujourd'hui, peu de types filment les ruines numériques comme lui, vestiges d'une civilisation effroyablement effacée, effleurés par les rais d'un soleil embrumé, glacial. Les poudres orageuses s'amoncelant sur les toits du monde, les yeux ne trouvant que pourpres, violets et orangers tourmentés pour satisfaire leur quête de liberté. La nuit bleutée irisée de reflets verdâtres et écarlates sur un ciel de lourde suie, anime son cœur étouffé au rythme des détonations aériennes et des humeurs de Zeus. Le Edwards de Monsters est bien là, dans cette sublimation de la destruction comme beauté composée. Un monde écroulé qui sussure l’indicible, l'innommable et trouve sa poésie dans un brin d'herbe verte et une lueur solaire perçant dans la poussière.

Reste un film emprisonné dans son propre statut, serrant son façonneur à la gorge et régulant drastiquement ses volontés. Monsters apparaît encore par éclats, mais l'ensemble se débat hélas pour s'en éloigner. Les obsessions d'Edwards en sont réduites à tomber presque ridiculement sur l'ensemble comme hors propos, pourtant si belles en leur temps dans leur ballet tentaculaire. Mais le gorille-baleine obèse reste magnifique, l'une des plus belles créatures conçue pour le grand écran depuis bien longtemps, et éclate de prestance d'autant plus qu'il ne s'avère qu'entraperçu entre deux lumières. Jusqu'à ce que la montagne mouvante réanime sa carcasse, repartant vers les entrailles de la Terre, giron de Dame Nature venant d'éclater sa colère.