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La Légende de Viy - Film (2014)

Film de Oleg Stepchenko Aventure, fantastique et thriller 2 h 07 min 30 janvier 2014

Londres, 1713. Le cartographe anglais Jonathan Green part en repérage des endroits inexplorés de la Transylvanie. Au-delà des montagnes des Carpates, il découvre un village isolé du reste du monde, dont les habitants terrorisés se cachent des démons et autres créatures qui en ont pris possession. Seul le téméraire cartographe semble alors pouvoir percer les mystères qui entourent ces créatures impitoyables qu’il lui revient d’exterminer…

La Légende de Viy - Film (2014)
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Viy est une entité démoniaque issue du folklore ukrainien. Il peut, d'un simple regard tuer une personne ou réduire en cendres un village. Il dissimule d'ailleurs ses yeux sous de longues paupières qu'il relève au moment d'atteindre ses victimes. Ce personnage serait à l'origine de la croyance sur "le mauvais oeil".

Il sera popularisé par Nicolas Gogol.

L'écrivain s'intéresse aux contes ukrainien dans ses premières oeuvres, son premier recueil de nouvelles sera Les soirées du hameau, suite d'histoires fantastiques se situant dans le monde paysan. Trois ans plus tard, en 1835, il écrit Vij (ou Viy), mettant en scène trois étudiants du séminaire de Kiev, qui se trouvent perdus un jour dans la plaine ukrainienne et qui vont se trouver aux prises avec des forces démoniaques.

L'un d'entre eux, Thomas, doit veiller durant trois nuits, la fille défunte d'un riche propriétaire, dans une église maudite. Les forces du mal vont se déchaîner contre le pauvre séminariste. En 1960, Mario Bava réalise une version un peu lointaine du conte de Gogol, Le masque du démon. L'atmosphère en est plus gothique façon Hammer que conte russe.

En 1967, Konstantin Ershov et Georgi Kropachyov offrent une version fidèle de l'histoire, revenant aux traditions populaires ukrainiennes pour un contexte plus authentique.

En 2014, Oleg Stepchenko s'empare à son tour du conte pour en proposer une version totalement baroque et échevelée. S'il reprend également l'histoire de base, avec la présence des trois étudiants, il introduit un nouveau personnage qui sera le héros de son histoire, anti-héros d'ailleurs, vus les malheurs et situations ridicules dans lesquels il va se trouver. Jonathan Green est un cartographe anglais vivant aux débuts du 18ème siècle. Ce personnage , des plus originaux , voyage dans un étrange carrosse à cinq roues, se mouvant à peu près seul par un ingénieux système, et ce, malgré la présence de son attelage de deux chevaux. D'étranges instruments de mesure et des inventions diverses encombrent sa voiture.

L'histoire a donc pour témoin et conteur un étranger - dans la pure tradition des romans gothiques de type Dracula ou histoires d'Edgar Poe - arrivant par hasard et pour son malheur dans un village perdu, très loin dans Les Carpathes, aux confins de l'Ukraine. Il incarne le lecteur ou le spectateur découvrant le monde étrange et inquiétant où règne le mal, ce qui permet de créer une empathie dès le départ. Désireux d'explorer le monde et notamment les lointaines contrées de l'est de l'Europe, notre savant arrive dans un village inhospitalier, vivant dans la terreur d'une étrange créature, démon à cornes, qui vit dans les marais et qui vient d'assassiner une jeune fille. Un Pope totalement fou dirige le village et entretient la terreur chez les habitants.

Jonathan rencontrera sur sa route trois étudiants ( vous vous rappelez, ce sont bien ceux du conte de Gogol); l'un d'eux, Thomas, lui raconte une histoire fantastique de sorcières et de monstre tapi dans les marais.

Aidé d'un jeune homme du village qui devient son assistant, Pétrus, Jonathan est chargé de cartographier la région. Il découvre l'église maudite et le sort qui s'est acharné sur le pauvre Thomas.

La qualité du film réside dans l'atmosphère fantastique et baroque, au rythme échevelé et aux effets spéciaux grandioses, qui en mettent plein les yeux. Visuellement très beau, il nous plonge dans un univers à la Sleppy Hollow de Tim Burton - mais à la mode russe -.

Le héros rencontre toute une série de personnages étranges et monstrueux : il arrive chez une sorcière, assiste à un étrange banquet où les convives se changent en monstres dans une scène d'une folie totale et finit par rencontre Viy dans un décor cauchemardesque.

On ne sait plus si l'on est dans le rêve - ou plutôt cauchemar - ou dans la réalité. L'église enchevêtrée dans une montagne de racines qui semble perchée entre ciel et terre, le marais où l'on entrevoit un amoncellement de cornes et où l'on entend mugir la créature, sont d'une sombre beauté.

Le film adopte un ton souvent parodique et l'avalanche d'effets spéciaux engendre plus l'amusement que la terreur. Je pense que c'est voulu, du moins en partie, comme le montrent les mimiques et réactions de notre pauvre savant, à la vision des monstres qui lui apparaissent.

Le film souffre cependant d'un scénario souvent assez confus mélangeant les récits des personnages aux événements réels. On a parfois du mal à se repérer dans le temps à travers les diverses scènes. De plus, plusieurs personnages du village ont un look semblable, façon guerriers tartares crâne rasé, longue mèche et grandes moustaches, ce qui entraîne des confusions dans le "Qui est qui ?"

Le casting mêlant acteurs britanniques - Jason Flemyng dans le rôle du savant et Charles Dance dans celui de Lord Dudley - et russes - Andrey Smolyakov, Aleksey Chadov et Agniya Ditkovskite, pour ne citer qu'eux -, le doublage n'est pas de grande qualité.

Le film a en effet connu beaucoup d'aléas de tournage, divers arrêts jusqu'à une sortie réussie en Russie. Il n'en sera pas de même en France où il ne sera pas exploité en salle mais sortira directement en DVD et Bluray 3 D. La légende de Viy a ainsi été un gros succès en Russie, beaucoup moins chez nous, le style mi-horreur mi-parodique pouvant surprendre ainsi que ses multiples références, pas forcément accessibles. La réalisation semble aussi s'inspirer, par son style de certaines adaptations de contes, notamment par Alexander Rou, moins horrifiques car plus destinés aux enfants, mais toujours mélange de fantastique et d'humour - parfois très parodique- comme on a pu le voir notamment dans Veillées du village de Dikanka, adapté là encore de Gogol ou dans Par feu et par flammes - films des années 60-.

Malgré ses défauts, La légende de Viy se suit avec beaucoup de plaisir, réservant son lot de surprises, de bout en bout, en mettant plein les yeux dans un délire baroque de film d'horreur. Certains effets sont faits, de toute évidence, pour la 3 D, cela doit faire de l'effet en grand écran.

Dommage alors que sa sortie soit restée si confidentielle en France !

Le succès en Russie sera tel qu'il engendrera une suite, Viy 2 : Journey to China où l'on s'éloigne quelque peu du folklore russe ( Jackie Chan et Arnold Schwarzenegger rejoignent la distribution et notre savant prend cette fois-ci la route de la Chine) !!

Restant apparemment davantage dans la lignée du film d'origine, une série de trois films, intitulée Les chroniques de Viy, verra également le jour - en 2017, 2018 et 2020-.

Le personnage n'a pas fini d'inspirer le cinéma russe.