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Puella Magi Madoka Magica - Anime (2011)

Anime de Yukihiro Yamamoto, Akiyuki Shinbo, Ume Aoki... Fantastique, drame, animation 1 saison (terminée) Tokyo Broadcasting System 25 min 7 janvier 2011

Madoka Kaname, ainsi que son amie Sayaka Miki, sont approchées par Kyubey qui leur propose de lutter contre le mal en devenant des Magical Girl.

Puella Magi Madoka Magica - Anime (2011)
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Je vais être réaliste quelques secondes, Mahou Shoujo Madoka Magica n’est pas la meilleure série que j’ai vue. Mahou Shoujo Madoka Magica n’est d’ailleurs même pas le meilleur animé que j’ai vu. Et pourtant parmi toutes ces autres séries, aussi excellentes soient-elles, c’est Madoka qui m’a le plus apporté et pas seulement en tant que spectateur mais aussi en tant que personne en général. Cet animé m’a fait plonger plusieurs fois dans une folie furieuse, une spirale de déprime continue dont la violence visuelle n’est que le reflet extérieur. Madoka a agi sur mon intérieur et ça s’est vu à l’extérieur.

Aujourd’hui, dès que je regarde les premières secondes d’introduction je constate à quel point l’animé est déjà extrêmement réfléchi. Un rideau s’ouvre, lentement, par une animation saccadée, et plus que part le cinéma, ce qui sera suggéré dans le 3ème film, la série est définie par le théâtre et surtout le théâtre de marionnettes. On se retrouve devant une scène sur laquelle va s’enchainer des images à fortes connotations, des plans subtils où la joie va laisser place à la mélancolie et la mélancolie à la folie et à l’horreur. Quand je disais théâtre de marionnettes je le pense vraiment pour plusieurs raisons : tout d’abord tout n’est qu’histoire d’instrumentalisation dans Madoka. Les personnages ne sont que des pantins vides qui vivent parce qu’on le désire à un moment X, puis petit à petit on coupe les cordes qui les attachent à la croix d’attelle et ils tombent avant de s’écraser violemment sur le sol en partant en lambeaux. Et à l’instar des personnages, le spectateur lui aussi est manipulé, le scénariste se joue de lui et joue avec lui avant de lui faire comprendre que sa réflexion était peut-être vaine, ou vide de sens. Finalement dans cette série, jamais le spectateur ne prendra les rênes du récit, il ne peut que se laisser guider par les sujets abordés et mis en avant.

A de nombreuses reprises j’ai pu lire que Madoka était surtout une série qui racontait le passage à l’âge adulte, le moment où la jeune personne doit se réveiller et prendre des décisions lourdes de sens qui vont sûrement avoir un impact sur toute sa vie. J’ai eu cette idée en tête pendant un long moment sur la série mais il m’a semblé que ce n’était qu’une infime partie de ce qui était raconté. L’animé parle de rivalité bien plus profonde et intérieure, le désir contre la réalité, la persévérance contre la lâcheté,… Des combats finalement quotidiens qui peuvent paraître superflus mais ne le sont pas. Madoka prend à contre-pied le côté magical-girl en ce point précis : le désir est-il suffisant pour être ou devenir une réalité ? Prenez Doremi Magique ou Sakura par exemple, les personnages existent et se complaisent dans leur univers car elles arrivent à assouvir cette forme de désir qu’elles ont exprimée lorsqu’elles ont souhaité devenir magical-girl. J’aide les gens, le monde va mieux, je fais le bien. Il y a parfois quelques remises en question mais rarement ira-t-on plus loin qu’une simple question sur un ou deux épisodes. Mahou Shoujo Madoka Magica ne l’entend pas de cette façon : et si toutes ces actions étaient finalement vaines ? Dans l’animé ce n’est pas parce qu’elles aident les gens que le monde va mieux à la fin de l’épisode, il y a au contraire une force inconnue qui rend le tableau sombre, une finalité qu’on sait, et qu’elles savent, désastreuse et inévitable. Elles peuvent aider le monde, le sauver même, ça n’empêchera pas le destin de commettre ses horreurs. Le destin est une très forte composante de tout le récit d’ailleurs. Les personnages sont liés à ce destin horrible qui les enchaine. Ce n’est que dans le 3ème film qu’on ouvrira la porte à une autre possibilité, pas forcément des plus réjouissantes. C’est là pour moi que cet animé puise sa force, je suis une personne assez fataliste dans le fond, ma philosophie, aussi légère soit-elle, me suggère que tout est écrit pour nous, les changements qu’on peut apporter dans notre vie sont mineurs et l’impact général de nos actions sera effacé avec le temps. La série m’a clairement conforté dans cette façon de penser jusqu’à la fin où elle me propose une alternative. Mais une alternative couillue et possiblement destructrice pour moi et pour les autres.

Ce qu’il est intéressant de voir c’est que finalement personne n’est sauvé ou indemne dans Madoka, on survit dans cet univers et cette idée-là est importante car elle est la base même du récit. Pour ancrer cette histoire dans un contexte sérieux et violent il ne fallait pas d’échappatoire notable, juste une once d’espoir diluée. La structure même de l’animé est basé là-dessus. Au début les magical-girl sont synonymes d’espoir et de gloire, à l’épisode 3 Mami meurt, puis Sayaka devient sa suppléante, regain d’optimisme écrasé par sa transformation en sorcière laissant l’espoir qu’elle puisse redevenir normale avant de la voir mourir avec un autre personnage. L’animé est un roller-coaster émotionnel qui fait toujours en sorte que la lumière au bout du tunnel soit inatteignable. Tout comme l’idéologie, inventée par les personnages, est écorchée au fil des épisodes, le moral du spectateur baisse car finalement ces jeunes filles ne voulaient qu’une seule chose : aider et répandre le bien autour d’elles. Mais pour ce faire elles doivent l’accomplir de manière brutale. Encore une fois dans les magical-girl on voit souvent des rayons magiques, des incantations faites par les personnages pour pouvoir lancer leur sort. Mis à part pour les énormes finish, ce n’est jamais le cas dans Madoka, les filles doivent prendre en main leurs épées ou leurs armes pour détruire la menace et donc en ce sens elles ne sont plus les gentilles gardiennes mais, en quelque sorte, des guerrières de l’humanité. Et c’est un point que je trouve extrêmement important dans cette idée de désir et de réalité puisque finalement soit elles finissent par accepter cette espèce de brutalité qui les traverse, soit elles se donnent presque la mort. Quand on me dit que la mort de Sayaka est causée par sa déception amoureuse je ne suis pas d’accord, elle souffre car l’image qu’elle s’était faite de son pouvoir et de son influence sur sa personne était fausse. Aveuglée par une réalité qu’elle s’était créée, elle finit par sombrer tout en prenant en compte la violence de ses actions, j’en veux pour preuve ce combat dénuée de couleurs contre Elsa Maria à la fin de l’épisode 7, qu’est-ce qui sépare la magical-girl de son ennemi ? Rien, il n’y a qu’un repère visuel nécessaire à l’action, pour le reste nous voyons deux personnages se battre, pas un gentil et pas un méchant.

Je trouve d’ailleurs très intelligent cette idée de monde alternatif pour les sorcières car à mes yeux ce ne sont que des idéaux écrasés. Des mondes que les filles, devenues sorcières, s’étaient créés lorsqu’elles ont souhaité avoir un pouvoir, leur jardin d’Éden. Finalement leur passion, ou leur désir, ne correspondait pas à la réalité et elles n’ont pas su surpasser psychologiquement ces deux critères. Attachés à des souvenirs, ces mondes laissent aussi place à la réflexion du spectateur, si Sayaka s’est imaginée un monde musical c’était en rapport avec un souvenir marquant ou un certain but. Quel était le but ou le souvenir marquant de ces autres filles mortes à la tâche ? C’est aussi ça que j’adore avec cet animé c’est qu’il y a toujours une place laissée à la réflexion. Les design des sorcières sont assez géniaux aussi, Sayaka est devenue sirène avec un masque de guerrier car elle a plongé dans la folie et qu’elle était d’une brutalité sans nom. Quand je dis plonger dans la folie ce n’est pas pour le simple but de la métaphore, c’est vrai. Regardez dans l’animé les scènes à partir du moment où Sayaka apprend la nature des soul-gem et commence à tomber en dépression, on ne la voit plus jamais à la lumière du jour, elle est toujours couverte d’une part d’ombre puis la nuit s’empare d’elle peu à peu pour la dévorer. Ce genre de mise en scène subtile mais frappante lorsqu’on connait l’animé se voit finalement un peu partout. Par exemple saviez-vous qu’on voit très rapidement Madoka en version sorcière dans l’animé ? Ou encore le plan où Sayaka et Kyoko sont face à face dans l’ancienne église et où on voit bien que les vitraux sont cassés derrière Kyoko mais qu’il en reste un du côté de Sayaka, Marie qui prie, faisant comprendre qu’elle a encore un peu de foi en ce qu’elle fait, très peu. Et la réalisation déborde d’idées de ce genre qui en plus de soutenir parfaitement le propos, donne des scènes absolument splendides. Pour rester sur Sayaka, le moment où Kyubei extrait la soul-gem de son corps on a le droit à un plan fabuleux. Ou encore la partie sur le passé de Kyoko où l’on voit une pomme, le fruit défendu qu’elle va manger pour sauver sa famille avant de comprendre son erreur, le tout dans un style graphique absolument superbe. Madoka est un animé extrêmement riche visuellement, il bénéficie de trouvailles fantastiques aussi bien au niveau de la symbolique qu’au niveau de l’esthétique et le cachet général unique donné à la réalisation rend l’ensemble d’autant plus attachant. … Ou alors y’a ce magnifique plan où Sayaka se fait petit à petit ronger par les ténèbres et…ok ok j’arrête.

De plus le chara-design, grandement inspiré d’Hidamari Sketch, colle parfaitement à cette histoire car il est en total décalage avec ce qu’on est en droit d’attendre avec un tel propos. Cela renforce donc l’écart général de l’œuvre car voir ces filles toutes mignonnes tuer des espèces de monstres sur pattes ou encore se taper dessus, rien que ça c’est un code cassé du magical-girl classique, est complètement inattendu au départ. D’ailleurs, si sur les épisodes normaux l’animation était parfois finie à la pisse, je vous recommande la version blu-ray qui bénéficie de décors retravaillés pour l’occasion mais aussi d’une fluidité et d’une violence graphique parfois plus poussée, on sent la version aboutie.

Bien sûr la série n’est pas sans défaut, certaines transitions sont trop rapides, certaines ficelles sont utilisées un peu grossièrement à certains moments mais je trouve que la qualité générale de l’écriture ainsi que la façon dont est mené le scénario efface toutes ces petites imperfections. Car si vous avez vu Madoka une seule fois, vous êtes passés un peu à côté de la pépite d’écriture qu’est l’animé. Lors de la deuxième lecture c’est finalement le personnage d’Homura, qui au début était juste le personnage trop sombre qui ne parle que de manière évasive, qui brille. Une fois son sort et son histoire racontée, on comprend toute la subtilité de ses lignes de dialogues et il en résulte un personnage beaucoup moins superficiel qu’on ne le pense.

Il faut aussi finalement saluer l’énorme travail de Yuki Kajiura à la bande-son qui en plus de changer son registre pour la 1ère fois depuis longtemps, qu’on ne s’y méprenne pas elle reste ma compositrice préférée, construit une ost qui forme un tout. Certains morceaux sont utilisés pour une bataille puis réutilisés pour une scène tragique juste derrière. Ce ne sont pas des compositions musicales dont le but est défini de base mais bien un ensemble qui va de pair avec les images. Beaucoup de morceaux font penser au Requiem de Mozart, choix évident par rapport aux thèmes de la série mais elle ne se contente pas de ça, elle mélange des instruments qui à première vue n’ont pas leur place comme la flûte qui semble trop légère pour accompagner les images. Même si les chœurs, les cordes et le piano restent dominants elle ne va pas les utiliser de manière très brute mais au contraire va se servir de contrepoint ou alors ne va pas hésiter à faire disparaitre puis réapparaitre des instruments, dont la signification est évidente, au sein d’un même morceau. De plus si certaines musiques sont extrêmement chargées, d’autres sont beaucoup plus simple, comme son Ave Maria, et permettent de garder un équilibre et une fluidité dans le genre que je n’ai retrouvé nulle part ailleurs.

Madoka est le seul animé qui m’aura fait écrire 3 critiques, la 1ère que je trouve aujourd’hui bien trop formelle et une autre que j’ai jetée car finalement je n’arrivais pas à retranscrire mes émotions et tout ce qu’a pu me faire vivre cette histoire. Savoir mettre à plat ce qu’on ressent est un exercice compliqué surtout lorsqu’on adore une série comme j’adore Madoka. Jamais rien de ce qui est écrit au-dessus ne saura vous décrire spécifiquement les pensées infernales et ininterrompues que j’ai sur cette série. Mahou Shoujo Madoka Magica est à mes yeux un pur diamant brut dont la beauté ne cesse de m’émerveiller même après plus d’une dizaine de visionnages. Une fois commencé, je n’arrive jamais à m'arrêter ne serait-ce que pour aller me réhydrater. Je ne retiens pas cet animé pour une raison particulière comme la fin de Cowboy Bebop ou son côté cool ou alors comme Gurren Lagann et son côté épique, non je retiens Madoka comme un tout, un ensemble indissociable qui m’aura fait vivre une aventure intense et merveilleuse. Il serait con de vous dire que j’ai presque les larmes aux yeux quand je repense à certaines scènes ou alors que des frissons me parcourent l’échine dès que j’entends quelques notes de la bande-son tout comme à ce moment de la critique il serait con de vous dire que j’adore Madoka et que c’est probablement l’œuvre que j’aime le plus au monde.