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AccueilJeux › cpasbien GYLT (2019) - Jeu vidéo

La voilà l’exclusivité (temporaire ?) du lancement Stadia ! Disons-le immédiatement, le titre des espagnols de Tequila Works n’a rien du triple A system seller qu’on retrouve habituellement au lancement d’une console. Il y a des signes qui ne trompent pas. Il y a tout d’abord ces cut-scenes minimalistes sous forme de vignettes de BD animées qui sont tout sauf tape-à-l’œil (problème de budget ? problème de temps pour tenir le calendrier du lancement Stadia ? sans doute un peu des deux…). Il y a aussi sa durée de vie pas bien longue (comptez 6 à 8 heures pour en voir le bout en prenant son temps, mais certains diront que ça a souvent été le cas des titres de lancement). Il y a aussi sa technique. Non pas que le jeu soit à la ramasse. Loin de là. La direction artistique est au top, le jeu est joli et le tout est parfaitement fluide. En revanche, il ne faut pas s’attendre à une vitrine technologique poussant dans leurs derniers retranchements les supposés 10,7 teraflops du GPU derrière Stadia.

Mais si l’on met de côté ces considérations, GYLT constitue tout simplement le jeu le plus intéressant de la plate-forme de cloud gaming de Google près de 6 mois après son lancement, perdu au beau milieu d’un catalogue fait de triples A qui accusent déjà plusieurs mois sinon plusieurs années, de quelques rares nouveautés 2019-2020, de jeux indés minimalistes et de vieilles croûtes (oui Serious Sam, on pense à toi…). Ce qui fait son charme c’est tout d’abord son cadre général puisque l’essentiel du jeu se déroule dans une école (la Bachman School, qui ressemble d’ailleurs plus à un collège-lycée) avec ses salles de cours, son réfectoire, son théâtre, son centre artistique et son gymnase). Sur ce point, le jeu pourra rappeler Silent Hill (et notamment Shattered Memories) ou encore Obscure et Obscure II côté jeu vidéo et The Faculty côté cinéma. Il y a aussi cette direction artistique et sa photographie si particulières qui rappellent évidemment la patte de Tim Burton ou un jeu comme Little Nightmares. Bon point également pour l’ambiance sonore qui est à la fois discrète et efficace L’ensemble est vraiment plaisant et on a toujours envie de progresser pour découvrir les différents environnements.

Côté gameplay, on est dans de l’action aventure teintée d’horreur (light) qui touche un peu à tout. De l’action exploration avec pas mal d’interactions à l’aide d’une lampe-torche (qui sert à tuer les ennemis ou actionner certains mécanismes) et d’un extincteur (qui sert à éteindre les flammes ou geler des flaques d’eau électrifiées ou des jets de vapeur). Il y a aussi pas mal de petites énigmes « à la Resident Evil » (l’épisode original) : des objets à pousser pour se frayer un passage, des clés à trouver, des petits casse-têtes avec des circuits électriques, etc. Rien de très difficile mais de quoi apporter pas mal de variété. Et puis il y a aussi beaucoup de phases d’infiltrations et de cache-cache avec les ennemis en patrouille dans un curieux mélange de Metal Gear Solid et d’Assassin’s Creed (avec la possibilité d’ « assassiner » la plupart des ennemis par derrière à coup de lampe-torche). Phases d’infiltrations dont certains diront qu’elles rallongent sans doute très artificiellement la durée de vie. GYLT n’excelle sans doute en rien (l’IA des ennemis est basique dans les phases d’infiltration ; à part la lampe-torche et l’extincteur, il n’y a pas d’autre arme ou accessoire à trouver…) mais ce qu’il fait, il le fait bien et mises bout à bout, l’ensemble de ces phases s’imbriquent parfaitement et contribuent à varier le tempo du jeu.

Et puis il y a cette ambiance mélancolique façon Silent Hill qui donne à GYLT ce petit truc en plus. L’histoire commence en effet quand Sally (c’est vous) se lance à la recherche de sa cousine Emily disparue depuis plusieurs jours et d’indices permettant de la retrouver. L’occasion de collecter en route des extraits de son journal ou encore des dessins bien cachés dans les différents environnements pour en apprendre un peu plus sur le background de la vie d’Emily dans cette école. L’occasion également d’effleurer -trop rapidement- le thème du harcèlement scolaire. Mais cela ajoute une dimension supplémentaire au titre de Tequila Works et permet de stimuler un peu plus le joueur dans son aventure.

GYLT n’est donc pas sans défaut (une IA au ras des pâquerettes dans les phases d’infiltrations, des passages où il est parfois plus simple de rusher en étant poursuivi par les ennemis jusqu’au prochain point de sauvegarde, la fin du jeu dans la mine un peu en-deça si l’on met de côté la course-poursuite finale, trop peu de boss, quelques frissons qui ne font pas oublier que la peur reste aux abonnés absents…), mais il a ce petit supplément d’âme et un cachet artistique qui en font un titre tout à fait recommandable le temps de quelques heures. Et si sa durée de vie est faiblarde, ses 29 succès pourraient donner envie au complétistes de s’y replonger, ne serait-ce que pour avoir la vraie fin du jeu permettant de sauver Sally et Emily.

Il s’agit en tout cas d’un indispensable sur Stadia qui aura au moins permis de le mettre -un peu- en valeur. Il mériterait d’ailleurs une seconde chance ailleurs (et pourquoi pas sur Switch… même si on garde encore en mémoire le portage de funeste mémoire de Rime du et par le même studio), vu l’audience pour le moment confidentielle de la plate-forme de cloud gaming de Google.